Jeanne Lee est une panthère
Elle se tapie et bondit toute griffes dehors
Jeanne Lee est une tourterelle
Elle roucoule et s’envole
Jeanne Lee est une couleuvre
Jeanne Lee est une alouette qui s’élève tout droit vers le ciel
Alors que certaines chanteuses tissent et brodent sur le chant qu’elles enjolivent et décorent, Jeanne Lee se contente de tirer sur le fil pour n’en laisser que la trame qu’ensuite elle dénoue. Là où d’autres peignent elle trace un trait.
Quand d’autres vous charme elle vous envoûte.
Loin de l’exubérance extravertie de certaines, Jeanne Lee est toute en sensualité intimiste, elle fait partie de ces artistes qui renouvellent tout ce qu’ils interprètent mais également le révèlent et l’achèvent.
Jeanne prêta sa voix à Archie Shepp dans « Blasé » ce chef d’oeuvre du free jazz. Elle y chante entre autre une version superbement dépouillée de « Sophisticated lady » qui n’a peut jamais autant mérité son titre, elle est l’âme de cet album. Elle fit aussi une participation discrète à cette tentative étrange d’opéra jazz comme il y eut des opéras rock qu’est l’étonnant « Escalator over the hill » composé et dirigé par Carla Bley
Mais pour saisir tout l’art de Jeanne Lee il faut l’écouter dans ses duos. Avec Ran Blake cet ascète du piano dans « The newest sound around », ou bien avec Mal Waldron cet apôtre de la modestie, ou encore avec le vibraphone délicat de Gunter Hampel.
Il s’agit bien de duos car pas plus qu’ils n’accompagnent Jeanne Lee ne se sert d’eux.
Plus qu’une chanteuse, (sans que le terme ne soit péjoratif) Jeanne Lee est une musicienne qui joue de la voix, elle en explore toutes les possibilités du cri au souffle, et pourtant toujours limpide et sensuelle.
Régulièrement la critique annonce une nouvelle Billie qu’elle offre à l’engouement du public, comme si la « Lady » ne restait pas unique, comme l’est Ella ou Sarah, Jeanne Lee aurait pu prétendre à ce titre,elle fut assez grande pour ne même pas essayer.
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