Archive pour avril 2007

L’oeuvre n’est pas le sujet

Lundi 23 avril 2007

Aux critiques qu’on lui fit sur « L’enterrement à Ornans » Courbet répondit : « ils n’étaient pas beaux, je ne pouvais pas les faire beaux ». Il est difficile de trouver meilleur plaidoyer pour le réalisme en art. Les photos de ‘exposition pédagogique sur la biodiversité qui accompagne la « Charte pour l’environnement » et qui circule actuellement dans les écoles sont aux antipodes de ce credo. Lire le reste de cet article »

Billie, Allen et les Ronsenberg (suite).

Vendredi 20 avril 2007

J’ai il y a peu évoqué Billie, Allen, les Rosenberg et l’histoire de Strange Fruit devant mon ami Collin. Il m’appris que lorsqu’il était étudiant à Cambridge, il y fit la connaissance d’ un certain Meeropol, un étudiant américain virtuose de la guitare à douze cordes, qui fréquentait assidument les pub où l’on jouait de la flok music et parfois s’y produisait. C’est lui qui fit découvrir aux étudiants de Cambridge un certain Bob Dylan avant même que ses 33 tours n’arrivent dans les boutiques. C’était l’époque de la guerre au Vietnam et cet étudiant militait activement dans les groupes d’opposants à cette guerre. Ce n’est que quelques années plus tard que Collin découvrit qu’il s’agissait d’un des fils d’Ethel et Julius Rosenberg

JEANNE LEE

Vendredi 20 avril 2007

Jeanne Lee est une panthère

Elle se tapie et bondit toute griffes dehors

Jeanne Lee est une tourterelle

Elle roucoule et s’envole

Jeanne Lee est une couleuvre

Jeanne Lee est une alouette qui s’élève tout droit vers le ciel

Alors que certaines chanteuses tissent et brodent sur le chant qu’elles enjolivent et décorent, Jeanne Lee se contente de tirer sur le fil pour n’en laisser que la trame qu’ensuite elle dénoue. Là où d’autres peignent elle trace un trait.

Quand d’autres vous charme elle vous envoûte.

Loin de l’exubérance extravertie de certaines, Jeanne Lee est toute en sensualité intimiste, elle fait partie de ces artistes qui renouvellent tout ce qu’ils interprètent mais également le révèlent et l’achèvent.

Jeanne prêta sa voix à Archie Shepp dans « Blasé » ce chef d’oeuvre du free jazz. Elle y chante entre autre une version superbement dépouillée de « Sophisticated lady » qui n’a peut jamais autant mérité son titre, elle est l’âme de cet album. Elle fit aussi une participation discrète à cette tentative étrange d’opéra jazz comme il y eut des opéras rock qu’est l’étonnant « Escalator over the hill » composé et dirigé par Carla Bley

Mais pour saisir tout l’art de Jeanne Lee il faut l’écouter dans ses duos. Avec Ran Blake cet ascète du piano dans « The newest sound around », ou bien avec Mal Waldron cet apôtre de la modestie, ou encore avec le vibraphone délicat de Gunter Hampel.

Il s’agit bien de duos car pas plus qu’ils n’accompagnent Jeanne Lee ne se sert d’eux. Plus qu’une chanteuse, (sans que le terme ne soit péjoratif) Jeanne Lee est une musicienne qui joue de la voix, elle en explore toutes les possibilités du cri au souffle, et pourtant toujours limpide et sensuelle.

Régulièrement la critique annonce une nouvelle Billie qu’elle offre à l’engouement du public, comme si la « Lady » ne restait pas unique, comme l’est Ella ou Sarah, Jeanne Lee aurait pu prétendre à ce titre,elle fut assez grande pour ne même pas essayer.

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Le voeu de Miles

Lundi 9 avril 2007

La comtesse Pannonica da Koenigswarter aimait les chats et les musiciens de jazz. Elle possédait 122 chats et fut la mécène de nombreux musiciens. Elle subvint aux besoins de Monk et de sa famille pendant des années et c’est chez elle que décéda Charlie Parker. Pannonica photographiait avec son Polaroïd les musiciens qu’elle fréquentait et leur demandait de formuler 3 voeux. De ces photos et des réponses furent tiré un livre réédité en 2006. Les réponses sont passionnantes. On y trouve bien sûr toutes les passions humaines, mais aussi quelque chose de plus. Certains veulent de l’argent. Comment de telles préoccupations matérialistes chez des artistes ! Mais combien à cette époque vivent décemment de leur art? Dans le film de Clint Eastwood sur Charlie Parker un jeune médecin demande à Bird : « Comment avez-vous pu en arriver là avec tous les disques que vous avez vendu? » et Bird répond : «je ne les ai pas vendus, je me suis contenté de les enregistrer ». Et ces pianistes qui répondent qu’ils veulent jouer dans des club sur des pianos corrects. Le recueil de Panonica est un aperçu de toutes les frustrations que subirent ces musiciens. Ce que pratiquement tous expriment c’est la souffrance qu’ils éprouvent à ne pas être reconnus pour ce qu’ils sont : de grands mucisiens. Celui qui dit cela le plus crûment est Miles Davis, il ne formule qu’un voeu : « être blanc ». Miles ne manque pas d’argent, c’est même un de ceux qui gagna le mieux sa vie. Miles ne manque pas de reconnaissance, mais il veut plus. Miles rêve d’être une star, l’égal de ces vedettes de la pop music, adulés par un public fanatique. Il rêve d’enregistrer un tube, qui passe à longueur de journée sur toutes les radios. Bien sûr il a fait « Kind of blue », un chef d’oeuvre. Mais avez-vous entendu un extrait de ce disque ailleurs que dans une émission tardives pour initiés ou insomniaques? Miles rêve de hanter les studios de télévision, que l’on se précipite pour l’interviewer, qu’on lui demande son avis sur les élections, sur l’insémination artificielle des poulets, sur la chasse à la baleine, car Miles ne doute pas un instant d’être génial. Mais Miles sait que le principale obstacle à son rêve c’est qu’il est noir et qu’il joue du jazz.