Une des chaînes câblées que je reçois a diffusé il y a peu « La guerre des boutons » de Yves Robert. Je l’ai regardé avec mon fils qui y a pris un immense plaisir et je l’avoue le mien ne fut pas moindre, d’autant que j’avais un peu oublié ce film alors que je garde un meilleur souvenir du roman. Robert réussit à retrouver le ton du roman et, il me semble, l’esprit de Pergaud, notamment dans son regard sur les enfants qu’il met en scène et le portait sans complaisance de leur parents, même si parfois il se laisse aller à la caricature, travers dans lequel Pergaud ne tombe jamais. Je me suis demandé si Yves Robert s’était souvenu que Pergaud avait été instituteur dans un de ces villages de Franche-Comté qu’il décrit. L’instituteur du film est en effet le seul adulte qui se montre bienveillant à l’égard des enfants. Il est pourtant un moment dans le film où il semble que Pergaud est trahi, pas le roman, mais Pergaud lui-même. Robert et c’est son droit décide de situer l’action du film à l’époque où il le tourne, en 1961 et un des personnages y fait une allusion à la guerre : « la vraie, celle des tranchées, pas celles de maintenant avec leur bombe atomique ». Cette allusion se veut humoristique et pourtant elle me laisse une certaine amertume. Pergaud est en effet mort en dans la nuit du 7 au 8 avril 1915, alors que l’artillerie française pilonnait un champ de bataille sans se soucier des nombreux blessés laissés en arrière lors du replis de l’offensive. Son corps ne fut jamais retrouvé. Pergaud mobilisé dès les débuts de cette guerres avait été choqué par la violence des combats, la souffrance des hommes, les combattants sacrifiés par des ordres d’une portée douteuse. Il avait pris des notes et comptait écrire un livre de témoignage. Je ne sais ce qu’aurait été ce livre mais je ne pense pas qu’il aurait donné une image glorieuse et héroïque de cette guerre « la vraie ».