Archive pour novembre 2008

Lettre ouverte à Madame la ministre de l'intérieur

Mardi 18 novembre 2008

Madame la Ministre de l’intérieur

En entendant la liste des éléments qui vous ont permis d’exprimer une quasi conviction selon laquelle les individus interpellés par les forces de l’ordre, sont bien les saboteurs des lignes TGV, mais sont également des extrémistes d’ultra-gauche terriblement dangereux pour reprendre votre expression je tiens à vous faire savoir :

que je possède dans ma bibliothèque quelques ouvrages traitant des stratégies insurrectionnelles.

qu’il m’est arrivé de participer à l’écriture de textes collectifs qui selon vos critères pourrait facilement être considérés   comme des incitations au blocage de l’appareil productif et au sabotage des communications.

qu’il m’est arrivé de participer à des réunions au cours desquelles furent évoqué les différentes façons d’accélérer la fin de l’ordre social que vous  défendez.

que je sais comment fabriquer des engins incendiaires et comment me procurer les produits nécessaire, et même plus j’en entrepose à mon domicile

que je possède quelques outils dont certains sont parfaitement appropriés à servir à saboter des installations publiques

que j’ai participé à la dégradation volontaire d’équipements ainsi qu’à de nombreuses manifestations plus ou moins violentes

qu’enfin il m’arrive de me promener le long de voies ferrées.

Madame la ministre, je suis donc obligé d’en conclure que je suis un individu extrêmement dangereux, en un mot, potentiellement un terroriste, qui selon vos propos devrait être mis hors d’état de nuire sans tarder.

En vous assurant, Madame la ministre, l’assurance de mes sentiments les meilleurs, j’attends patiemment mon interpellation imminente.

De Céline à Houellebecq

Jeudi 13 novembre 2008

Il y a parfois dans l’actualité d’étranges télescopages. J.M.G. Le Clézio vient de se voir attribuer le prix Nobel de littérature pour l’ensemble de son oeuvre. Je ne discuterais pas pour savoir si ce prix était mérité ou non. Je n’ai pas suffisamment lu Le Clézio pour avoir un avis et n’attache pas une telle importance à ce genre de distinction. Je me souviens toutefois avoir été assez impressionné par « Le proces-verbal » lorsque je l’ai lu dans ma jeunesse. Il n’empêche que l’homme Le Clézio m’a plus. Il m’a plu pour son absence de modestie feinte. Vous savez, le genre : « je ne le méritais pas et il y en a bien d’autres qui auraient du l’avoir à ma place ». Il s’est contenté de remercier. Il m’a plus également pour la phrase de Stig Dagerman qu’il a citée pour illustrer ce qu’il appelle le paradoxe de l’écrivain : « nous écrivons pour ceux qui ont faim et nous sommes lus par d’autres qui ont table pleine ». Dans le même temps l’actualité littéraire française était occupée, au sens où l’est un territoire, par la campagne de promotion de deux qui n’écrivent que pour des qui sont comme eux à ce point repus qu’ils ignorent ce qu’est cette faim qui n’est jamais assouvie. Je parle bien sûr de Houellebecq et Henri-Lévy. Lire le reste de cet article »