Archive pour mars 2009

Les Békés

Mercredi 11 mars 2009

« Dérapage verbal incontrôlé », « incitation à la haine raciale », quoi d’autre encore ? Les réactions aux propos de monsieur Domota illustrent s’il en était besoin un état de fait que d’aucuns voudraient voir occulter : à la Guadeloupe et plus généralement dans les territoires et départements ultra-marins questions sociales et questions raciales sont intrinsèquement liées et il est impossible de soulever les unes sans que les autres ne se trouvent posées. Lire le reste de cet article »

Hemmet Till, un lynchage ordinaire

Vendredi 6 mars 2009

Ce mercredi soir France O diffusait un remarquable documentaire sur l’assassinat de Hemmet Till. Pendant l’été 1955 Hemmet, un jeune noir de Chicago, passe ses vacances chez son oncle dans le petite ville de Money dans l’état du Mississipi. Pour avoir soit-disant été insolent envers une femme blanche il sera enlevé et lynché par le mari et le beau frère. Lorsque son corps sera retrouvé il était à ce point mutilé que son oncle ne l’identifiera que grâce à la chevalière qu’il portait. Je ne vous ferais pas le récit de l’affaire, de l’exposition du corps par sa mère ni du procès à l’issue duquel les deux assassins furent acquittés. Je ne parlerais pas non plus de l’émotion qu’elle suscita dans le monde entier, ce fut pendant longtemp l’archétype du lynchage,ni de l’élan qu’il donna au mouvement pour les droits civique, 100 jours après une couturière de Montgomery en Alabama, madame Rosa Park en refusant de céder sa place dans un bus déclencha un mouvement qui allait transformer les USA.

Au delà de l’horreur du meurtre, du scandale de la parodie de procès, il y a quelques moments dans ce documentaire que je trouve particulièrement poignants, ce sont ceux qui nous rappelle que le lynchage d’Hemmet Till ne fut pas un coup de tonnerre dans un ciel tranquille et qui il n’avait pas habité Chicago cela serait resté un fait divers presque banal, pas quotidien toutefois, mais hebdomadaire puisque le nombre de lynchages recensés entre 1882 et 1968 s’élèverait à 4742, ce qui fait bien une moyenne de 55 par ans soit pratiquement un par semaine. Tous les prétextes sont bons et souvent les plus futiles. Les moments les plus chargés d’émotions, ceux où le cœur se serre sont ceux qui viennent nous rappeler cette terreur quotidienne dans laquelle vivaient les noirs du sud des USA. Un geste, un regard, un mot, pouvait valoir la torture et la mort. La mère d’Hemmet Till qui avait quitté le sud pour Chicago alors qu’elle était encore enfant au cours de son interview résume cela en une phrase terrible par sa simplicité et ce qu’elle implique : «  Chicago c’était le paradis, nous pouvions marcher la tête haute ». Ce n’est pas une métaphore, cette phrase est à prendre dans son sens littéral, à Chicago en 1955 les noirs pouvaient vraiment marcher la tête haute. Il faut essayer de se représenter ce ce que cela peut être d’être dans l’obligation de passer sa vie à baisser la tête, à courber l’échine, non pas symboliquement mais réellement, à ne jamais lever les yeux sur son interlocuteur, à ne pouvoir dire autre chose que « oui m’sieur, oui m’dame, non m’sieur, non m’dame ». Cette simple phrase est lourde de sens, elle signifie qu’à cette époque, un noir dans le sud des USA était de sa naissance à sa mort, à chaque instant, à tout moment à la merci du premier crétin blanc venu, sans aucune échappatoire.

Un second témoignage illustre ce que pouvait être la profonde perversion de cette société sudiste, perversion qui n’atteignait pas que les noirs. Une vieille femme blanche raconte que lorsqu’elle appris la mort de son père, la première personne qu’elle rencontra en rentrant chez elle fut leur domestique noir. Elle se jeta dans ses bras en pleurant, et celui-ci la repoussa. Ce ne fut pas par inhumanité, mais par peur et pour se protéger de ce que lui-même risquait en simplement touchant une jeune femme blanche, même pour la consoler.

Pierre Bergé s'appelle Tartuffe

Mardi 3 mars 2009

En 2003, pendant que les troupes d’une coalition dirigée par les USA commençaient à occuper Bagdad, des pillards dévalisaient le musée où furent dérobées quelques 15 000 pièces. Environ 6000 des pièces volées ont été retrouvées et ce musée à réouvert ses portes récemment. De nombreux pays ont apporté leur aide à l’Irak pour l’aider à reprendre possession de son patrimoine.

En 1860 les troupes d’une coalition franco-britannique pillaient le Palais d’été à Pékin le butin emportés par les soudards fut dispersé dans des collections privées et des musées. Deux bronzes qui en faisaient parti se sont retrouvés dans la collection de Pierre Bergé et Yves Saint-Laurent et ont récemment vendus aux enchères avec les péripéties que l’on sait. Pierre Bergé n’est pas un trafiquant d’art, c’est un esthète et quelqu’un de parfaitement respectable, d’ailleurs n’a t-il pas montré sa grandeur d’âme en proposant au gouvernement chinois de lui restituer ces deux pièces, pour peu que celui- fasse un geste en retour en respectant les droits de l’homme, en libérant le Tibet et en permettant le retour du Dalai-lama? C’est le gouvernement chinois qui a repoussé cette offre. Le sens de l’offre de Pierre Bergé pourrait faire l’objet d’une sorte de jurisprudence et pourquoi pas fonder un droit d’ingérence patrimoniale, les peuples dont les gouvernements ne répondraient pas à certaines exigences pourraient ainsi se voir dépossédés de leur patrimoine artistique et culturel. On pourrait même imaginer des expéditions pour s’emparer des œuvres que ces gouvernements indélicats refuseraient de remettre eux-même à une instance internationale. L’esthète Pierre Bergé, l’homme de culture ne dit en fait aux chinois rien d’autre que : « vous n’êtes pas dignes de posséder ces œuvres ».

Il semble pourtant qu’il n’y ai besoin d’aucune condition pour être digne d’acheter les produits Yves Saint-Laurent pour lesquels je ne sache pas que Pierre Bergé ai fait quoi que se soit pour en empêcher le vente en Chine avant de vendre la société Yves Saint-Laurent à Gucci en 1999. D’ailleurs où étaient et où sont encore fabriqués une partie de ces produits ?

L’attitude de Pierre Bergé sous l’apparence de la noblesse n’est rien d’autre que celle d’un tartuffe !