La concierge de Bourdieu
Lundi 4 avril 2011C’est Pierre Bourdieu je crois qui reprochait à la télévision qu’on y interroge des gens sur des sujets sur lesquels leur absence de compétences particulières fait qu’ils ne peuvent n’avoir que des opinions qui en tant que telles n’ont pas plus de valeur que celles de sa concierge, il ajoutait en le regrettant que la télévision n’interrogeait jamais sa concierge. Bourdieu avait entièrement raison, il est de nombreux domaine dans lesquels la valeur d’une opinion ne repose sur aucune compétence particulière. C’est notamment le cas de la politique et c’est même une des conditions de la démocratie que toutes les opinions y pèsent le même poids sans qu’il soit nécessaire de les justifier par une quelconque compétence, ce qui ne signifie pas que toutes soient également bonnes.
On peut imaginer un test : le « test de la concierge ». Ce propos de telle ou telle personnalité sur un sujet sur lequel on ne voit pas bien pourquoi elle en saurait plus que quiconque placez-le dans la bouche de la concierge de Bourdieu et vous verrez bien si cette opinion avait une importance telle que cela justifiait qu’on l’interroge sur ce point pour la connaître. Après tout l’opinion de la concierge de Bourdieu aurait eu tout autant valeur. Pourquoi ne lui a-t-on pas poser la question ?
Le « test de la concierge » peut également s’appliquer aux citations. Généralement la citation est faite pour donner du poids à un propos. Quelqu’un a déjà dit cela mieux que je ne saurais le dire. Mais trop souvent la citation sert aussi a donner de l’importance à ce qui n’est en définitive qu’une banale platitude comme nous en disons tous. A la place de « comme l’a si bien dit untel », imaginez un instant « comme l’a si bien dit la concierge de Bourdieu » et vous verrez que soit la concierge de Bourdieu est douée d’une grande pénétration d’esprit associée à un certain art de la formule et alors il est légitime de rendre à César ce qui lui appartient, soit comme tout un chacun sa conversation est composée des 90% d’évidences et de banalités qui n’engagent strictement à rien mais qui font le charmes des échanges.