Archive pour la catégorie ‘De tout de rien et de l\’air du temps’

La concierge de Bourdieu

Lundi 4 avril 2011

C’est Pierre Bourdieu je crois qui reprochait à la télévision qu’on y interroge des gens sur des sujets sur lesquels leur absence de compétences particulières fait qu’ils ne peuvent n’avoir que des opinions qui en tant que telles n’ont pas plus de valeur que celles de sa concierge, il ajoutait en le regrettant que la télévision n’interrogeait jamais sa concierge. Bourdieu avait entièrement raison, il est de nombreux domaine dans lesquels la valeur d’une opinion ne repose sur aucune compétence particulière. C’est notamment le cas de la politique et c’est même une des conditions de la démocratie que toutes les opinions y pèsent le même poids sans qu’il soit nécessaire de les justifier par une quelconque compétence, ce qui ne signifie pas que toutes soient également bonnes.

On peut imaginer un test : le « test de la concierge ». Ce propos de telle ou telle personnalité sur un sujet sur lequel on ne voit pas bien pourquoi elle en saurait plus que quiconque placez-le dans la bouche de la concierge de Bourdieu et vous verrez bien si cette opinion avait une importance telle que cela justifiait qu’on l’interroge sur ce point pour la connaître. Après tout l’opinion de la concierge de Bourdieu aurait eu tout autant valeur. Pourquoi ne lui a-t-on pas poser la question ?

Le « test de la concierge » peut également s’appliquer aux citations. Généralement la citation est faite pour donner du poids à un propos. Quelqu’un a déjà dit cela mieux que je ne saurais le dire. Mais trop souvent la citation sert aussi a donner de l’importance à ce qui n’est en définitive qu’une banale platitude comme nous en disons tous. A la place de « comme l’a si bien dit untel », imaginez un instant « comme l’a si bien dit la concierge de Bourdieu » et vous verrez que soit la concierge de Bourdieu est douée d’une grande pénétration d’esprit associée à un certain art de la formule et alors il est légitime de rendre à César ce qui lui appartient, soit comme tout un chacun sa conversation est composée des 90% d’évidences et de banalités qui n’engagent strictement à rien mais qui font le charmes des échanges.

 

Luchini et la langue française

Dimanche 13 mars 2011

Fabrice Luchini est paraît-il l’acteur préféré des français. C’est sans doute parce qu’il est de ceux qui est le plus proche de ce que l’on peut imaginer être le personnage de l’acteur. Quelque soit le personnage il joue Luchini interprétant un rôle, comme l’on fait avant lui Jouvet, Gabin, Le Funes, Belmondo. Lire le reste de cet article »

OPIUM DU PEUPLE

Mercredi 17 février 2010

Il est de fait que la religion est une des données importantes de l’identité, et cela pas que sous la forme du fondamentalisme ou du fanatisme, loin de là. Avant de s’interroger sur les raisons de ce fait, il est sans doute important de se poser la question de sa nature. Ne voir dans la religion que l’adhésion à un ensemble de croyances et le respect de pratiques rituelles est une vision des choses infiniment simplificatrice, certes elle est cela, mais elle n’est pas que cela. La religion est également une des modalités de la prise de conscience du monde, de son ordre ou de son désordre, des rapports entre individus, des rapports de l’individu au monde, au social, bref de ce à quoi nous sommes en permanence tout un chacun confronté. Lire le reste de cet article »

L'altérité chinoise est une construction de sinologue

Samedi 13 février 2010

Partenaire de plus en plus incontournable des relations internationales la Chine fascine autant qu’elle inquiète. Elle est souvent présentée comme une terra incognita dont il faudrait connaître les clefs pour pouvoir y pénétrer. Colloques, séminaires, publications se multiplient à destination de ceux qui se proposent d’investir le monde chinois où d’y investir avec comme ambition de révéler ces clefs. Dans ce concert, ceux qui font profession de la connaissance de la Chine : les sinologues, ont leur partition à jouer. Il est navrant que certains d’entre eux et souvent les plus médiatisés, ne fassent entendre leur voix que pour épaissir le mystère en jouant cette partition sur le thème de l’altérité chinoise alors que l’on attendrait d’eux non pas qu’ils révèlent le mystère mais qu’ils affirment haut et fort : « Il n’y a pas de mystère !». En un mot l’altérité de la Chine est une construction et les sinologues contribuent souvent à l’édifier. Il y a une différence considérable entre parler de la Pensée Chinoise et parler de la pensée en Chine. Lire le reste de cet article »

Les Suisses retrouvent la tolérance

Vendredi 11 décembre 2009

Ainsi donc il faudrait se garder de vilipender nos voisins Suisses et au contraire faire preuve à leur égard de compréhension voire même de mansuétude. La réaction des Suisses serait en quelque sorte assimilable à celle d’un organisme qui réagit et se défend face à l’agression d’un agent étranger. Lire le reste de cet article »

Des usages abusifs d'Albert Camus

Jeudi 26 novembre 2009

De Léon Blum à Guy Môquet en passant par Jean Moulin, Marc Bloch ou Jean Jaurès, Nicolas Sarkozy nous a habitué à l’usage abusif et à la récupération de personnalités dans une stratégie qui relève du brouillage de symboles. Il récidive à l’occasion du centenaire de la naissance d’Albert Camus en proposant l’entrée de ce dernier au Panthéon. C’est sans doute en réponse à cette tentative qu’il y a peu Cabu publiait dans « Le Monde » une caricature sur laquelle on pouvait voir le président déclarant :« l’Etranger, je n’ai pas pu le lire, Besson vient de l’expulser ». Malheureusement au mieux, Cabu commet un énorme contresens, au pire, il se livre lui aussi au même usage abusif qu’il entend reprocher à Sarkozy. A part le titre le rapport entre le roman de Camus et le sort fait en France aux « sans papiers » échappera à quiconque à lu ce livre. Le roman de Camus n’a ni de loin ni de près rien à voir avec une quelconque politique de l’immigration et l’identité nationale, et l’étranger du titre n’est nullement une référence à une nationalité, mais désigne celui qui ne se conforme pas aux normes de la vie sociale. Cela pourrait être un contresens, mais je ne peut croire que Cabu n’ai pas lu « L’Etranger » qui fut un des livres cultes de sa génération, c’est donc en toute connaissance qu’il évoque ce titre et dès lors cela devient un usage abusif. On peut bien sûr penser qu’il ironise sur la culture littéraire de Sarkozy en lui prêtant ce contresens, mais cela ne peut être perçu que par ceux qui ont lu ce livre dont la lecture n’est pas plus obligatoire que celle de « La princesse de Clève », pour les autres, et il sont certainement nombreux même parmi les lecteurs du Monde, à avoir pris cette phrase au pied de la lettre.

C’est un usage abusif à plusieurs titres. Cabu en jouant sur le titre attribue à ce roman un sens qu’il ne peut avoir mais en plus annexe la figure de Camus dans un combat dont on cherchera en vain en quoi il pourrait être le sien. Préjuger aujourd’hui de ce que pourrait être les engagements de Camus, mort en 1960 restent de pures spéculations sans grand intérêt et il me navre que Cabu en la matière se livre aux mêmes pratiques, l’usage abusif, la récupération et le brouillage alors qu’il convient au contraire de les dévoiler.

Identité nationale ? Un débat impossible

Lundi 9 novembre 2009

Le débat sur l’identité française lancé par le ministre Besson est un débat impossible. Pas parce que la réponse posée, « qu’est ce que l’identité française ? », serait sans réponse, mais au contraire parce qu’elle en admet une telle diversité qu’il est douteux que l’on puisse en conclure autre chose que le simple constat de cette multiplicité. Il en est comme de ces équations en mathématique dont on ne peut dire grand chose parce qu’elles acceptent une infinité de solutions qui toutes devront être examinées au cas pas cas. Les réponses possibles sont non seulement diverses, autant que le sont les français eux-même, mais elles sont également mouvantes et fluctuantes au gré de variables qui elles-même nécessitent d’être appréhendées. Cela ne signifie pas que toutes réflexions et tous débats sur les identités des français seraient impossibles, assurément non, ce qui rend ce débat impossible c’est d’abord son cadre. Il est légitime, surtout lorsqu’elle est en mutation, qu’une société s’interroge sur sa nature, son devenir, et donc son passé, il est légitime qu’elle veuille tenter de saisir les mouvements qui la traversent et qui menacent son équilibre, et dans ces interrogations la question des identités a toute sa place, mais il s’agit de réflexions et de débats permanents portés par ces mouvements eux-même et qui même si ils peuvent trouver une expression politique ne sauraient être ni promus ni encadrés par un quelconque pouvoir. Lire le reste de cet article »

Patriotisme : les larmes se ressemblent

Samedi 31 octobre 2009

Au moment où l’on annonce un grand débat sur l’identité nationale, où l’on nous invite à célébrer l’amour de la patrie par la vénération de ses symboles, l’hymne national qu’il nous faudrait chanter une fois par an, le drapeau qu’il nous faudra peut-être suspendre à nos fenêtres, il me revient en mémoire des vers de Louis Aragon. Je vous vois déjà sourire. Aragon ? Le surréaliste passé au communisme, celui qui chanta dans un même mouvement Elsa et la patrie, le poète de la Résistance et de Diane Française, celui qui œuvra à un renouveau du vers classique allant même jusqu’à inciter ses collègues à écrire des sonnets, celui-qui concouru à la réhabilitation de Victor Hugo comme poète de « la patrie et de la liberté » au sein du mouvement communiste français1 ? Mais lisez plutôt. Lire le reste de cet article »

Reflexions sur la défense de Frédéric Mitterrand

Samedi 17 octobre 2009

Je n’ai pas lu « La mauvaise vie » de Frédéric Mittérand, je n’en sais donc rien de plus que de vagues souvenirs de ce qui en fut dit lors de sa sortie, il y a déjà quatre ans, et lors de la récente polémique lancée par Marine Le Pen, c’est à dire pas grand chose. Lire le reste de cet article »

Les avanies de la sélection

Jeudi 23 juillet 2009

U. a 20 ans, il habite dans un quartier on ne ne peut plus populaire de la banlieue nord de Paris, un de ces quartiers où depuis plus d’un siècle se retrouvent ceux qui débarquent leurs valises à la main à la recherche d’un improbable Eldorado. S’y retrouvent aussi ceux qui depuis Haussmann sont chassés de Paris par les rénovations successives. Ils sont venus de partout. Les parents de U. eux sont venus de Turquie. Il échappa à l’échec scolaire qui fut le lot de la plupart de ses copains et réussit à décrocher son bac. Il voulait étudier l’architecture, mais le conseillé d’orientation de son lycée l’en découragea : pour étudier l’architecture et rentrer dans une école, il faut déjà avoir une bonne pratique du dessin lui dit-il. Lire le reste de cet article »