Archive pour la catégorie ‘Musicales’

Le génie de Reinhardt

Lundi 10 septembre 2007

J’aime la musique, dans toutes ses formes, toutes ses expressions, enfin presque toutes. La musique est à mes yeux, sans doute devrais-je dire à mes oreilles, de toutes les formes d’expressions artistiques celles qui s’adresse le plus à l’émotion, et je prends là émotion dans son sens étymologique de ce qui provoque le mouvement. Ce n’est pas simplement qu’elle les exprime, mais surtout qu’elle a la capacité de les provoquer, toutes. J’éprouve de grandes difficultés s’agissant de la musique à parler de préférence pour une forme plutôt qu’une autre, mais une de celles que j’écoute le plus volontiers est le jazz. C’est, à mon sens, une des expressions musicales qui à le mieux réussit, avec de dosages divers selon les époques, les styles et les interprètes, la fusion entre invention rythmique ; invention mélodique et invention harmonique, et c’est sans doute une des raison de son acclimatation un peu partout dans le monde.
Dans les musiciens français, il en est un que j’affectionne particulièrement, Django Reinhardt. Il fut un de ceux qui popularisa le jazz en France, mais pas seulement. Il fut celui qui fit réellement de la guitare dans le jazz un instrument soliste et non plus cantonné dans un rôle d’accompagnement. C’est peut-être parce que, privé de deux doigts de la main gauche, il ne pouvait plus jouer les accords que requiert ce rôle d’accompagnateur. On a tout dit sur Reinhardt, son incroyable virtuosité, son sens de la mélodie, on en a fait une légende. Il y a pourtant quelque chose dans cette légende qui me gène terriblement. De façon récurrente, on y insiste sur son absence de formation musicale. Si l’on entends par là que Reinhardt ne savait pas déchiffrer une partition, c’est on ne peut plus exact. Mais depuis quand le solfège, c’est-à-dire l’apprentissage d’un langage musicale à partir de sa transcription dans un système d’écriture est-il l’unique forme d’apprentissage de la musique ?
Ecoutez Django Reinhardt et dites moi si il est concevable de jouer de cette façon, d’avoir une telle capacité d’invention, d’expression, avec une telle sûreté, sans aucune formation musicale. Bien sûr que non, je dirais même au contraire. Je suis pour ma part persuadé que Reinhardt avait bel et bien une formation, et je serais même tenté de dire une formation qui fut aussi longue et certainement aussi contraignante que celle de n’importe quel musicien de cette dimension. Elle n’a simplement pas suivit les mêmes voies que celle d’un concertiste classique. Elle a certainement commencé aussi tôt, dans le cercle familiale peut-être, ou avec un proche, en répétant ce que jouait le maître, avec probablement une taloche à chaque erreur, en apprenant par cœur des dizaines de morceaux, des centaines de phrases, en écoutant et rejouant et écoutant encore. C’est ainsi que dans le monde la majorité des musiciens apprennent leur art, et l’improvisation se nourrit souvent de ce par cœur qui permet de ne jamais donner l’impression de se répéter. C’est ainsi que Reinhardt a du apprendre le sien et je maintiens qu’il ne pouvait pas ne pas avoir une énorme formation musicale et que c’est une évidence qui devrait apparaître à tout ceux qui l’écoutent.
Alors pourquoi cette insistance à souligner cette prétendu absence ? On ne m’empêchera pas de penser qu’il y a derrière cela quelque chose de douteux. Ce que l’on exalte chez Reinhardt c’est tout simplement la « spontanéité » de « l’âme manouche ». On s’extasie devant le génie du « petit gitan illettré », et on en fait le génie d’une race, mais ce génie reste celui du primitif, la preuve « il n’avait pas de formation musicale », il est presque une infirmité, il est en tout cas une anomalie. Rien à voir avec le génie d’un Mozart qui lui connaissait la musique. Et comment lui avait-il apprise son Léopold de père ? L’absence de formation musicale de Reinhardt et de beaucoup d’autres, n’est qu’un cliché, un lieu commun à mettre au même rang que celui des nègres et leur sens inné du rythme. Un de ces nombreux clichés auxquels nous ne prenons jamais garde tellement ils sont banals, même si tout devrait nous indiquer qu’ils sont faux et archi faux

Hey mister Zimmerman sing a song for me !

Jeudi 31 mai 2007

Le concert parisien de Bob Dylan fut assez unanimement qualifié de décevant et cela ne m’a pas surpris et je dirais même que je m’y attendais. Un concert de Dylan aujourd’hui ne peut être que décevant. Autant lorsque j’avais vingt ans, j’aurais parcouru des centaines de kilomètres et dépensé toutes mes économies pour un concert de Bob Dylan, comme je l’ai fait pour Bob Marley, pour les Who ou pour Lou Reed, je me serais peut-être même battu comme je l’ai pratiquement fait pour écouter Ray Charles ou James Brown, autant aujourd’hui, j’hésiterais à dépenser quelques euros pour Bob Dylan. A vrai dire cela fait des années que Dylan me laisse assez indifférent. Lire le reste de cet article »

Billie, Allen et les Ronsenberg (suite).

Vendredi 20 avril 2007

J’ai il y a peu évoqué Billie, Allen, les Rosenberg et l’histoire de Strange Fruit devant mon ami Collin. Il m’appris que lorsqu’il était étudiant à Cambridge, il y fit la connaissance d’ un certain Meeropol, un étudiant américain virtuose de la guitare à douze cordes, qui fréquentait assidument les pub où l’on jouait de la flok music et parfois s’y produisait. C’est lui qui fit découvrir aux étudiants de Cambridge un certain Bob Dylan avant même que ses 33 tours n’arrivent dans les boutiques. C’était l’époque de la guerre au Vietnam et cet étudiant militait activement dans les groupes d’opposants à cette guerre. Ce n’est que quelques années plus tard que Collin découvrit qu’il s’agissait d’un des fils d’Ethel et Julius Rosenberg

JEANNE LEE

Vendredi 20 avril 2007

Jeanne Lee est une panthère

Elle se tapie et bondit toute griffes dehors

Jeanne Lee est une tourterelle

Elle roucoule et s’envole

Jeanne Lee est une couleuvre

Jeanne Lee est une alouette qui s’élève tout droit vers le ciel

Alors que certaines chanteuses tissent et brodent sur le chant qu’elles enjolivent et décorent, Jeanne Lee se contente de tirer sur le fil pour n’en laisser que la trame qu’ensuite elle dénoue. Là où d’autres peignent elle trace un trait.

Quand d’autres vous charme elle vous envoûte.

Loin de l’exubérance extravertie de certaines, Jeanne Lee est toute en sensualité intimiste, elle fait partie de ces artistes qui renouvellent tout ce qu’ils interprètent mais également le révèlent et l’achèvent.

Jeanne prêta sa voix à Archie Shepp dans « Blasé » ce chef d’oeuvre du free jazz. Elle y chante entre autre une version superbement dépouillée de « Sophisticated lady » qui n’a peut jamais autant mérité son titre, elle est l’âme de cet album. Elle fit aussi une participation discrète à cette tentative étrange d’opéra jazz comme il y eut des opéras rock qu’est l’étonnant « Escalator over the hill » composé et dirigé par Carla Bley

Mais pour saisir tout l’art de Jeanne Lee il faut l’écouter dans ses duos. Avec Ran Blake cet ascète du piano dans « The newest sound around », ou bien avec Mal Waldron cet apôtre de la modestie, ou encore avec le vibraphone délicat de Gunter Hampel.

Il s’agit bien de duos car pas plus qu’ils n’accompagnent Jeanne Lee ne se sert d’eux. Plus qu’une chanteuse, (sans que le terme ne soit péjoratif) Jeanne Lee est une musicienne qui joue de la voix, elle en explore toutes les possibilités du cri au souffle, et pourtant toujours limpide et sensuelle.

Régulièrement la critique annonce une nouvelle Billie qu’elle offre à l’engouement du public, comme si la « Lady » ne restait pas unique, comme l’est Ella ou Sarah, Jeanne Lee aurait pu prétendre à ce titre,elle fut assez grande pour ne même pas essayer.

ECOUTEZ JEANNE LEE

Le voeu de Miles

Lundi 9 avril 2007

La comtesse Pannonica da Koenigswarter aimait les chats et les musiciens de jazz. Elle possédait 122 chats et fut la mécène de nombreux musiciens. Elle subvint aux besoins de Monk et de sa famille pendant des années et c’est chez elle que décéda Charlie Parker. Pannonica photographiait avec son Polaroïd les musiciens qu’elle fréquentait et leur demandait de formuler 3 voeux. De ces photos et des réponses furent tiré un livre réédité en 2006. Les réponses sont passionnantes. On y trouve bien sûr toutes les passions humaines, mais aussi quelque chose de plus. Certains veulent de l’argent. Comment de telles préoccupations matérialistes chez des artistes ! Mais combien à cette époque vivent décemment de leur art? Dans le film de Clint Eastwood sur Charlie Parker un jeune médecin demande à Bird : « Comment avez-vous pu en arriver là avec tous les disques que vous avez vendu? » et Bird répond : «je ne les ai pas vendus, je me suis contenté de les enregistrer ». Et ces pianistes qui répondent qu’ils veulent jouer dans des club sur des pianos corrects. Le recueil de Panonica est un aperçu de toutes les frustrations que subirent ces musiciens. Ce que pratiquement tous expriment c’est la souffrance qu’ils éprouvent à ne pas être reconnus pour ce qu’ils sont : de grands mucisiens. Celui qui dit cela le plus crûment est Miles Davis, il ne formule qu’un voeu : « être blanc ». Miles ne manque pas d’argent, c’est même un de ceux qui gagna le mieux sa vie. Miles ne manque pas de reconnaissance, mais il veut plus. Miles rêve d’être une star, l’égal de ces vedettes de la pop music, adulés par un public fanatique. Il rêve d’enregistrer un tube, qui passe à longueur de journée sur toutes les radios. Bien sûr il a fait « Kind of blue », un chef d’oeuvre. Mais avez-vous entendu un extrait de ce disque ailleurs que dans une émission tardives pour initiés ou insomniaques? Miles rêve de hanter les studios de télévision, que l’on se précipite pour l’interviewer, qu’on lui demande son avis sur les élections, sur l’insémination artificielle des poulets, sur la chasse à la baleine, car Miles ne doute pas un instant d’être génial. Mais Miles sait que le principale obstacle à son rêve c’est qu’il est noir et qu’il joue du jazz.

Calumet, Michigan

Jeudi 22 mars 2007

Calumet!

Cela évoque probablement pour vous la fameuse pipe des Indiens d’Amérique du Nord, les westerns, les romans de Feminore Cooper.

Calumet c’est aussi une ville de l’état du Michigan, non loin de Chicago. Lire le reste de cet article »

BLUE NOTES FOR THE BROTHERHOOD OF BREATH

Mercredi 21 mars 2007

En 1964 se produisit au festival d’Antibes un groupe qui allait profondément marquer la scène du jazz européen : les « Blue notes ». Il réunissait autour du pianiste Chris McGregor, Dudu Pukwana, un saxophoniste exubérant, Mongezi Feza, un trompettiste dont le son n’était pas rappeler celui de Don Cherry, Louis Moholo, un batteur énergique dans la lignée d’Elvin Jones, et Johnny Dyani un surprenant contrebassiste. Ils arrivaient d’Afrique du Sud où le groupe avait déjà commencé une carrière en dépit de l’apartheid, (Chris McGregor était blanc). Lire le reste de cet article »

Madame Eda-Pierre

Mardi 6 mars 2007

Parmi mes passions il y a l’art lyrique. C’est encore un des nombreuses choses qui me viennent de ma famille maternelle, ou plus pour être plus précis de celle de mon grand-père maternel. C’étaient des dingues d’opéra. Mon grand-oncle André habitait Gentilly et étant enfant je passais chez lui presque toutes les petites vacances. Il en profitait pour m’emmener à l’Opéra-Comique, c’était bien moins cher que le Palais Garnier. Il en connaissait par coeur presque tout le répertoire, Manon, les Contes d’Hoffman, Madame Buterfly, la Traviatta. Werter. Il est même arrivé que nous y allions deux fois dans la même semaine. Toujours au poulailler. Il me racontait comment enfants lui et ses frères se payaient leurs places. Ils venaient très tôt pour être là dès l’ouverture des guichets, à cette époque les réservations en ligne n’existaient pas encore, ensuite ils cédaient leur place dans la queue contre une pièce et recommençaient jusqu’à avoir assez pour se payer leur place. C’est à l’Opéra-Comique que j’ai eu une de mes premières et plus belles émotions esthétique. C’était la Traviatta, avec la somptueuse Christiane Eda-Pierre, la première grande cantatrice antillaise, et la seule jusqu’à ce jour à avoir fait une carrière internationale. La pauvre a faussé sur un contre-ut dans les vocalises du siempre libera. Comme le veut la coutume l’orchestre a repris le morceau. Elle recommença et l’acheva à la perfection. Après les applaudissements de rigueurs c’est elle-même qui fit signe au chef de reprendre une troisième fois le même passage qu’elle termina en apothéose. Madame Eda-Pierre eu alors droit à au moins vingt minute de « standing ovation ». Mon grand-oncle en pleurait d’émotion.

Strange Fruits

Dimanche 4 mars 2007

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